L’acquisition d’un cabinet de commissariat aux comptes intervient aujourd’hui dans un environnement profondément transformé par les évolutions réglementaires, économiques et organisationnelles de la profession. Au-delà du volume de mandats détenus, la valeur d’un cabinet dépend désormais de la stabilité de son portefeuille, de sa capacité à préserver ses marges et de sa dépendance aux signataires qui portent la relation client.
I. Le risque de marché : contraction du volume et recomposition de l’activité
Depuis la loi Pacte de 2019, complétée par le relèvement des seuils de nomination obligatoire prévu par le décret n° 2024-152 du 28 février 2024, le nombre d’entreprises tenues de désigner un commissaire aux comptes s’est mécaniquement réduit. En relevant ces seuils, la loi Pacte a permis à certaines petites entreprises de ne pas renouveler leur commissaire aux comptes à l’expiration de son mandat, ce qui a entraîné une baisse du nombre de mandats.
La Compagnie nationale des commissaires aux comptes recensait 218 547 mandats de certification en 2023, contre 260 073 en 2019 (Baromètre CNCC, 5e édition, avril 2025). Une partie de ces sociétés a néanmoins choisi de conserver volontairement leur commissaire aux comptes malgré la fin de l’obligation légale, ce qui limite l’ampleur de cette baisse sans l’annuler.

Figure 1 – Seuils de nomination obligatoire d’un commissaire aux comptes depuis 2024
Dans les petites entreprises, le nombre de mandats est passé d’environ 114 000 à 99 000 en un an, et les honoraires associés ont reculé de 630 à 600 millions d’euros (Illiade Expertise Comptable, 2025). La croissance du chiffre d’affaires de la profession est donc portée par les mandats hors PME, tandis que le segment des petites entreprises décroît à la fois en nombre de mandats et en honoraires.
Ainsi, dans ce nouveau contexte, l’attention lors de l’acquisition d’un cabinet doit se porter autant sur la stabilité des honoraires que sur la qualité du portefeuille, c’est-à-dire sur la capacité du cabinet à limiter sa dépendance aux petits mandats PME, les plus exposés aux évolutions réglementaires.
II. La marge sous pression : recettes plafonnées, charges en hausse
Depuis l’abrogation de l’article R823-12 en février 2024, seul le taux horaire du commissaire aux comptes est libre : le nombre d’heures reste encadré par un barème légal. Il varie de 100 à 200 € HT pour la majorité des cabinets, jusqu’à 250-450 € HT pour les grands réseaux sur dossiers complexes (Le Guichet des Formalités, 2026). Cette liberté partielle est comprimée par la mise en concurrence : lorsqu’une entreprise demande trois devis, les commissaires aux comptes sollicités proposent des tarifs inférieurs de 15 à 25 % à ce qu’ils auraient facturé hors concurrence (Les Experts Comptables, 2026).
À cela s’ajoute un dispositif conçu précisément pour comprimer les coûts sur le segment le plus fragile du marché : l’audit légal des petites entreprises (ALPE), instauré par la loi Pacte de 2019, qui permet une économie de 30 à 50 % par rapport à un audit classique, sur une durée de mandat de trois exercices au lieu de six (Les Experts Comptables, 2026). Ce dispositif comprime la marge sur ces mandats, qui constituent une part importante de l’activité des cabinets indépendants de taille moyenne.

Figure 2 — Une marge prise en étau
Du côté des charges, le mécanisme est symétrique, et il pèse sur le principal poste de coût d’un cabinet de services intellectuels : la masse salariale. La grille conventionnelle des cabinets d’expertise comptable et de commissariat aux comptes a été revalorisée de 2,9 % au 1er mars 2026.
Cette inflation salariale s’inscrit dans un contexte de pénurie durable de profils qualifiés, aggravée par l’arrivée d’acteurs 100 % digitaux sur le marché du recrutement comptable, et par un chantier de transformation lourd : l’obligation de réception des factures électroniques, applicable à toutes les entreprises dès le 1ᵉʳ septembre 2026 (l’émission suivant en 2027 pour les PME), qui impose aux cabinets une réorganisation de leurs process en amont de l’échéance (L’Essentiel de l’Éco, 2025 ; Service-Public, 2026).
III. Le rôle du signataire : un enjeu déterminant pour la pérennité des mandats
Au-delà des risques économiques, la profession présente également une caractéristique juridique qui influence directement la valeur des cabinets.
Cette dernière repose notamment sur le rôle particulier du signataire, dont la présence et la relation avec l’entité auditée constituent un élément déterminant dans la continuité des missions. En application de l’article L. 822-9 du Code de commerce, les fonctions de commissaire aux comptes sont exercées, au nom de la société, par une personne physique inscrite, qui ne peut exercer cette fonction qu’au sein d’une seule société de commissaires aux comptes (Étude juridique CNCC, 2022). Le mandat est ainsi étroitement associé au signataire qui porte la relation avec le client.
Triactis accompagne les cabinets dans l’analyse de ces enjeux de dépendance au signataire afin d’intégrer ces éléments dans l’évaluation de la valeur du cabinet et la structuration des opérations de rapprochement.
Cette dépendance est renforcée par les règles de rotation applicables aux entités d’intérêt public. Ces dernières imposent le remplacement du signataire après six exercices, assorti d’un délai de viduité avant toute nouvelle intervention (art. L. 822-14 du Code de commerce). Si le mandat peut être maintenu par la désignation d’un nouveau signataire, la continuité de la relation client n’est pas pour autant garantie. La Cour d’appel de Paris a rappelé qu’aucun pacte d’associés ne peut limiter la liberté de l’assemblée générale de désigner son commissaire aux comptes (CA Paris, 18 novembre 2021). En conséquence, aucune stipulation conclue entre le cédant et l’acquéreur ne peut garantir le maintien d’un mandat si le client décide de suivre un autre signataire.
Au-delà de l’analyse, Triactis accompagne également les cabinets dans la préparation de la transmission afin de favoriser la continuité des mandats et de sécuriser le rapprochement.
Pour un acquéreur, l’analyse ne peut donc se limiter au volume du portefeuille ou au chiffre d’affaires récurrent. Elle doit également porter sur la concentration des mandats entre les signataires, la dépendance au signataire principal et les modalités de transmission de la relation client, autant d’éléments susceptibles d’influencer directement la valeur du cabinet.
IV. Le rôle de Triactis
Sur ce sujet, Triactis intervient en amont des opérations concernant les cabinets d’expertise comptable et de commissariat aux comptes afin d’identifier les facteurs de création de valeur et d’anticiper les points de vigilance propres à la profession. Nous aidons à qualifier l’actif (risque, qualité du portefeuille, structure de marge) et à construire une transaction qui protège à la fois le vendeur et l’acquéreur, en sécurisant la transition, les mécanismes contractuels et le calendrier de l’opération.
Notre accompagnement porte notamment sur :
- L’analyse du risque de dépendance aux signataires, afin d’évaluer la solidité du portefeuille et d’anticiper les interrogations des acquéreurs.
- L’évaluation du modèle économique, à travers la structure des marges, la composition du portefeuille et la récurrence des honoraires.
- La préparation de la transmission, pour sécuriser la continuité des relations clients et de l’équipe.
- La structuration et la négociation de l’opération, afin d’aligner les mécanismes de prix avec les risques réellement identifiés.
Pour les acquéreurs et les groupes consolidateurs, cette même expertise permet d’objectiver, dès la due diligence, le risque de dépendance aux signataires, plutôt que de l’appréhender au travers d’une décote forfaitaire qui pénalise indistinctement les cabinets solides comme les plus fragiles.
Synthèse
La valeur d’un cabinet de commissariat aux comptes ne repose plus uniquement sur son volume d’activité, mais sur la qualité et la pérennité de son modèle économique. Dans un marché marqué par une réduction du nombre de mandats, une pression croissante sur les marges et une forte dépendance aux signataires, l’analyse d’une cible doit intégrer des critères dépassant les seuls indicateurs financiers. La composition du portefeuille, la récurrence des honoraires et la capacité du cabinet à sécuriser ses ressources clés deviennent ainsi des éléments déterminants de sa valorisation.
Conclusion
Ces évolutions ne remettent pas en cause l’attractivité des cabinets de commissariat aux comptes, mais modifient les critères d’appréciation d’une acquisition. Les opérations les mieux sécurisées seront celles qui intégreront en amont les spécificités de la profession, afin d’identifier les leviers de création de valeur et d’anticiper les points de vigilance liés à la transition.
L’acquisition d’un cabinet de commissariat aux comptes intervient aujourd’hui dans un environnement profondément transformé par les évolutions réglementaires, économiques et organisationnelles de la profession. La réussite d’une opération repose désormais sur une compréhension fine des enjeux propres au secteur et sur une capacité à anticiper les risques liés à la transmission.
Triactis accompagne les cabinets d’expertise comptable et de commissariat aux comptes dans leurs opérations de rapprochement et de transmission, en intégrant les spécificités réglementaires, économiques et humaines qui influencent leur valeur.
Sources
CNCC, Baromètre annuel, 5ᵉ édition (avril 2025) — communiqué : https://cdn.cncc.fr/download/cncc-barometre2025-cp.pdf / PDF complet : https://cdn.cncc.fr/download/cncc-barometre2025.pdf
Illiade Expertise Comptable, Le chiffre d’affaires du commissariat aux comptes augmente malgré la baisse du nombre de mandats : https://illiade.digitaloi.fr/le-chiffre-daffaires-du-commissariat-aux-comptes-augmente-malgre-la-baisse-du-nombre-de-mandats/
Décret n° 2024-152 du 28 février 2024, Légifrance : https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000049209674
Le Guichet des Formalités, Barème et honoraires du commissaire aux comptes (abrogation R823-12 / recréation D821-188) : https://leguichetdesformalites.fr/article/guide/bareme-honoraires-commissaire-aux-comptes
Les Experts Comptables, Combien coûte un commissaire aux comptes ? Tarifs 2026 (taux horaires, mise en concurrence, ALPE) : https://les-experts-comptables.fr/ressources/prix-commissaire-aux-comptes/
L’Essentiel de l’Éco, Cabinets comptables : la grande panne de recrutement (salaire médian 54 000 €) : https://lessentieldeleco.fr/2627-cabinets-comptables-la-grande-panne-de-recrutement/
Service-Public, Facturation électronique : c’est pour bientôt ! : https://entreprendre.service-public.gouv.fr/actualites/A15683
Deal Makr, Valoriser un cabinet d’expertise-comptable (consolidation, In Extenso, Archipel) : https://dealmakr.fr/ressource-dirigeants/valoriser-expertise-comptable/
CNCC, étude juridique Nomination et cessation des fonctions du CAC (2022) : https://www.conseil-cac.com/photos/cncc-des-commissaires-aux-comptes-etude-juridique-nomination-et-cessation-des-fonctions-du-cac-2022-version-def-220609-220701.pdf
Code de commerce, art. L. 822-9, Légifrance : https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000032258610/2022-02-05
Code de commerce, art. L. 822-14, Légifrance : https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006242729/2003-08-02
CA Paris, 18 novembre 2021, n° 18/19179 — via Cloix Mendès-Gil : https://cloix-mendesgil.com/eclairages-juridiques/droit-des-societes-et-fusions-acquisitions/choix-du-cac-via-le-pacte-dassocies/ et Bignon Lebray : https://www.bignonlebray.com/blog/newsletter-droit-societes-fusions-acquisitions-janvier-2022/



